Catterall triomphe contre Prograis : Une démonstration de tactique et de puissance au sommet des super légers
L’épuisement et la désespérance peuvent parfois entraver la capacité d’un boxeur à penser clairement et à se protéger des dangers dans le ring. Lors d’une confrontation entre deux boxeurs stratèges, notamment des gauchers, cette fatigue peut devenir un atout pour transformer une impasse en véritable combat. C’est exactement ce qui s’est passé lors de l’affrontement tant attendu entre Jack Catterall et Regis Prograis à Manchester, le 26 octobre.
Durant les six premiers rounds, le combat a été marqué par une intensité élevée mais une activité relativement faible. Ce n’est qu’à partir de la deuxième moitié du combat que les deux boxeurs ont commencé à montrer leur envie d’imposer leur domination, et cela s’est traduit par une fatigue de plus en plus notable. Cette dynamique a produit des échanges plus fréquents, des erreurs supplémentaires, et surtout, deux knockdowns au neuvième round qui ont donné un avantage décisif à Catterall, tout en rendant Prograis encore plus désespéré.
En analysant les coups portés, on a surtout observé des frappes gauches des deux gauchers. Catterall a montré une certaine efficacité avec des crochets plus directs, souvent après un jab, tandis que Prograis, quant à lui, avait tendance à envoyer des coups plus tourbillonnants. Chacun de leurs coups a été à la fois habile et percutant. Au troisième round, Catterall a frappé fort Prograis avec un coup significatif, lui infligeant une claque alors que l’Américain avançait dans le vide. Prograis a ensuite riposté avec un bon coup au quatrième round, indiquant une poussée vers une attitude plus agressive.
La confiance de Prograis s’est renforcée au cinquième round, lorsque, après avoir lancé un jab puissant, Catterall a glissé et touché le sol. Bien qu’il n’ait pas été véritablement blessé, cet incident sera compté comme un knockdown, un fait qui donnera un coup de fouet au moral de Prograis lors du sixième round quand il a contré une offensive de Catterall avec un crochet de droite bien placé.
Avant ce round crucial, Jamie Moore, l’entraîneur de Catterall, a exhorté son boxeur à respecter Prograis et à ne pas le laisser avancer sans opposition. Ce conseil a été fondamental pour la suite du combat. Au septième round, un tête-à-tête a causé des coupures aux deux hommes, et au huitième round, Catterall a montré une bien meilleure maîtrise, en sortant plusieurs coups gauches tout en se tenant fermement face aux attaques de Prograis.
Le neuvième round a été un véritable tournant pour Catterall. Il a brillamment combiné réflexion et explosivité. Dès le départ, il a infligé un coup gauche, suivi peu après d’un autre coup bien plus puissant qui a laissé Prograis au sol pour la première fois de la soirée. Une gauche parfaitement chronométrée qui témoigne de son potentiel, et la résistance naturelle de Prograis lui a permis de se relever et de tenir face aux assauts suivants, malgré un nouvel envoi au tapis, cette fois à la cloche, sous un coup de Catterall.
Avec un neuvième round noté 10-7 en faveur de Catterall, il était clair que Prograis devait montrer un niveau de désespoir total dans les trois rounds restants, ce qui ne ferait qu’amplifier les chances de son adversaire de l’achever ou, au minimum, de triompher de manière convaincante. Comme l’a dit Moore avant le dernier round, "Il ne peut plus réfléchir maintenant parce qu’il est fatigué." Et ce fut le cas, avec Prograis qui a même glissé et s’est foulé la cheville.
Dans une tentative désespérée, il a envoyé un coup si large qu’il a fini sur le sol, puis s’est retiré dans un coin, signifiant de manière plutôt saisissante qu’il voulait que Catterall le rejoigne. Ce moment illustratif a clairement démontré que Catterall avait vaincu Prograis à son propre jeu.
Les juges ont unanimement reconnu la performance de Catterall, lui attribuant des scores généreux de 117-108 et 116-109 (deux fois) après les douze rounds disputés. "Je suis content," a déclaré Catterall, 30 victoires pour une défaite (13 par KO), dans le ring. "C’était une grande occasion pour moi. Je combattais un adversaire redoutable en Regis, et je savais que je devais être à la hauteur."
Il conclut en commentant : "Nous avons eu quelques rounds prudents et j’ai ressenti la puissance de Regis, qui est sans aucun doute un combattant fort. Jamie a dit : ‘Regarde, nous commençons à prendre du retard maintenant.’ Je savais que je ne pouvais pas me permettre trop de risques, mais je suis revenu et j’ai réalisé les deux knockdowns."
Il est facile de penser que l’intensification du combat est due à l’épuisement et à la désespérance, mais il serait injuste de ne pas attribuer une part du mérite à Jack Catterall. Lui aussi a éprouvé la fatigue et le désespoir, mais contrairement à Prograis, il a su saisir le moment crucial lorsque cela comptait le plus, ajoutant ainsi une dimension de puissance à sa réputation de boxeur tactique. Il semble donc que Catterall soit déterminé à ne plus rester dans l’attente à l’avenir, prouvant ainsi qu’il mérite maintenant d’être pris au sérieux dans la catégorie des super légers.