La boxe anglaise fascine autant qu’elle inquiète. Sport noble et technique, elle est aussi réputée pour sa dangerosité. Mais est-elle réellement le sport de combat le plus risqué ? Plongeons dans les coulisses de ce sport mythique pour comprendre les enjeux et les risques auxquels s’exposent les boxeurs.
Les spécificités de la boxe anglaise qui la rendent particulièrement dangereuse
La boxe anglaise se distingue des autres sports de combat par plusieurs caractéristiques qui augmentent les risques pour les pratiquants :
La concentration des coups à la tête
Contrairement à d’autres disciplines comme le MMA ou la boxe thaï, la boxe anglaise limite les zones de frappe autorisées au haut du corps. Ainsi, la tête devient la cible privilégiée des boxeurs. Cette concentration des impacts sur une zone si sensible accroît considérablement les risques de traumatismes crâniens.
La durée prolongée des combats
Un match de boxe professionnelle peut durer jusqu’à 12 rounds de 3 minutes. Cette durée importante, combinée à l’intensité des échanges, soumet le corps et le cerveau des boxeurs à un stress prolongé. Le cumul des coups reçus sur une si longue période augmente les risques de blessures graves.
Le compte jusqu’à 8 après un knock-down
Lorsqu’un boxeur est mis au tapis, l’arbitre lui compte jusqu’à 8 avant de décider s’il peut reprendre le combat. Cette règle, pensée pour protéger les athlètes, peut paradoxalement les mettre davantage en danger en leur permettant de continuer alors qu’ils sont déjà fragilisés.
L’utilisation de gants rembourrés
Les gants de boxe, conçus pour protéger les mains des combattants, ont un effet pervers : ils permettent de frapper plus fort et plus longtemps. Ainsi, le cerveau subit des impacts répétés de grande intensité, augmentant les risques de lésions cérébrales à long terme.
Les risques spécifiques à la boxe anglaise
La pratique intensive de la boxe anglaise expose les athlètes à divers dangers pour leur santé, à court et long terme :
Traumatismes crâniens et commotions cérébrales
Le risque le plus évident et le plus médiatisé est celui des traumatismes crâniens. Les coups répétés à la tête peuvent provoquer des commotions cérébrales, dont les effets peuvent être immédiats (perte de conscience, troubles de l’équilibre) ou se manifester plus tard (maux de tête, troubles de la concentration).
Encéphalopathie traumatique chronique (ETC)
L’accumulation de chocs à la tête tout au long d’une carrière peut conduire au développement d’une encéphalopathie traumatique chronique. Cette maladie neurodégénérative, autrefois appelée “démence pugilistique”, se caractérise par des troubles cognitifs, comportementaux et moteurs progressifs.
Lésions oculaires
Les yeux sont particulièrement vulnérables en boxe. Les coups directs ou les chocs indirects peuvent causer des détachements de rétine, des hémorragies ou des lésions du nerf optique, pouvant aller jusqu’à la cécité partielle ou totale.
Fractures et lésions osseuses
Le visage et les mains sont les parties du corps les plus exposées aux fractures en boxe. Les os du nez, des pommettes ou de la mâchoire peuvent être brisés par des coups puissants. Les mains des boxeurs, malgré la protection des gants et des bandages, sont également sujettes aux fractures.
Comparaison avec d’autres sports de combat
Pour comprendre pourquoi la boxe anglaise est souvent considérée comme le sport de combat le plus dangereux, il est intéressant de la comparer à d’autres disciplines :
Sport | Principales zones ciblées | Durée des combats | Équipements de protection | Risques majeurs |
---|---|---|---|---|
Boxe anglaise | Tête et buste | Jusqu’à 12 rounds de 3 minutes | Gants rembourrés, protège-dents | Traumatismes crâniens, ETC |
MMA | Corps entier | 3 à 5 rounds de 5 minutes | Gants fins, protège-dents, coquille | Fractures, entorses, lacérations |
Boxe thaï | Corps entier | 5 rounds de 3 minutes | Gants, protège-tibias, coquille | Traumatismes aux jambes, côtes cassées |
Karaté | Corps entier (touches contrôlées) | 3 minutes en continu | Protections complètes en compétition | Blessures légères, entorses |
MMA : une dangerosité différente
Le MMA (Mixed Martial Arts) est souvent perçu comme plus violent que la boxe anglaise en raison de la diversité des techniques autorisées (frappes, projections, soumissions). Cependant, plusieurs facteurs tempèrent sa dangerosité :
- La répartition des impacts sur l’ensemble du corps, réduisant la concentration des coups à la tête.
- La possibilité de mettre fin au combat par soumission, évitant des échanges prolongés de coups.
- L’absence de compte après un knock-down, l’arbitre arrêtant immédiatement le combat si un combattant n’est plus en mesure de se défendre.
Boxe thaï : des risques plus diversifiés
La boxe thaï, ou Muay Thai, autorise l’utilisation des poings, des pieds, des genoux et des coudes. Si cela peut sembler plus dangereux, la répartition des impacts sur l’ensemble du corps réduit paradoxalement les risques de traumatismes crâniens graves par rapport à la boxe anglaise.
Karaté et autres arts martiaux traditionnels
Les arts martiaux comme le karaté ou le taekwondo présentent généralement moins de risques en compétition. Les règles imposent un contrôle des coups et l’utilisation de protections complètes. Cependant, la pratique intensive peut également entraîner des blessures chroniques.
Les facteurs aggravants en boxe anglaise
Certains éléments propres à la boxe anglaise ou à son environnement contribuent à accroître sa dangerosité :
La pression médiatique et financière
La boxe professionnelle est un sport-spectacle qui génère des sommes considérables. Cette pression financière peut pousser les boxeurs à prendre des risques inconsidérés pour leur santé, en combattant alors qu’ils ne sont pas en pleine possession de leurs moyens ou en enchaînant les combats sans période de récupération suffisante.
La culture du “courage” et de l’endurance
La boxe valorise traditionnellement le courage et la capacité à “encaisser” les coups. Cette mentalité peut conduire les boxeurs à minimiser l’importance de certaines blessures ou à refuser d’abandonner un combat alors que leur santé est en jeu.
Le cut weight : une pratique risquée
De nombreux boxeurs pratiquent le “cut weight”, consistant à perdre rapidement du poids avant la pesée officielle pour combattre dans une catégorie inférieure. Cette pratique peut affaiblir l’organisme et le rendre plus vulnérable aux chocs.
Le manque de suivi médical à long terme
Si les contrôles médicaux sont stricts avant et après les combats, le suivi à long terme des boxeurs, notamment après leur carrière, est souvent insuffisant. Cela peut conduire à une sous-estimation des séquelles à long terme de la pratique intensive de la boxe.
Les mesures de sécurité mises en place
Face aux risques inhérents à la boxe anglaise, diverses mesures ont été adoptées pour tenter de protéger la santé des athlètes :
Évolution des règles
Au fil des années, les règles de la boxe ont évolué pour limiter les risques :
- Réduction du nombre de rounds (de 15 à 12 maximum en championnat du monde)
- Interruption plus rapide des combats par les arbitres en cas de domination nette
- Augmentation du poids des gants (de 6 à 10 onces) pour absorber davantage les chocs
Renforcement des contrôles médicaux
Les examens médicaux avant et après les combats sont devenus plus stricts et plus complets. Ils incluent désormais :
- Des scanners cérébraux réguliers
- Des tests neurologiques
- Des examens ophtalmologiques poussés
Amélioration des équipements
La recherche a permis de développer des équipements de protection plus performants :
- Gants avec un rembourrage plus efficace pour absorber les chocs
- Protège-dents sur mesure pour une meilleure protection
- Casques d’entraînement plus ergonomiques
Formation des entraîneurs et des arbitres
Un accent particulier est mis sur la formation des encadrants pour :
- Détecter les signes précoces de commotion cérébrale
- Savoir quand arrêter un combat pour préserver la santé d’un boxeur
- Enseigner des techniques défensives efficaces
Le débat sur l’interdiction de la boxe
Face aux risques avérés de la boxe anglaise, certains appellent à son interdiction pure et simple. Ce débat soulève plusieurs questions :
Arguments en faveur de l’interdiction
- La boxe est le seul sport dont l’objectif explicite est de blesser l’adversaire
- Les risques de séquelles graves à long terme sont trop importants
- L’interdiction pourrait pousser à développer des formes moins dangereuses de combat sportif
Arguments contre l’interdiction
- La boxe offre des opportunités de réussite sociale à des jeunes issus de milieux défavorisés
- L’interdiction pourrait pousser la pratique vers la clandestinité, augmentant les risques
- La liberté individuelle des athlètes de choisir leur sport doit être respectée
Pistes de réflexion
Plutôt qu’une interdiction totale, certains proposent des pistes d’évolution pour réduire les risques :
- Limiter davantage le nombre de combats par an pour les professionnels
- Imposer des périodes de repos obligatoires après un KO
- Renforcer encore les contrôles médicaux et le suivi à long terme des boxeurs
Témoignages de boxeurs sur les risques du sport
Pour mieux comprendre la réalité des risques en boxe anglaise, voici quelques témoignages de boxeurs professionnels :
“J’ai toujours été conscient des risques, mais la passion l’emportait. Aujourd’hui, à 45 ans, je ressens les séquelles : maux de tête fréquents, troubles de la mémoire… Si c’était à refaire, je ne suis pas sûr que je choisirais la même voie.” – Carlos, ancien champion poids moyens
“La boxe m’a sauvé de la rue. Oui, c’est dangereux, mais ça m’a appris la discipline, le respect. Les risques font partie du jeu, mais avec un bon encadrement et une pratique raisonnée, on peut les limiter.” – Sarah, boxeuse professionnelle en activité
“J’ai arrêté ma carrière après une commotion cérébrale sévère. Ça a été dur, mais je ne regrette pas. La santé passe avant tout. Aujourd’hui, j’entraîne des jeunes en insistant sur la technique et la défense pour minimiser les risques.” – Mike, ancien espoir devenu entraîneur