George Foreman, une légende emblématique de la boxe, a marqué l’histoire par l’un des plus grands retours de tous les temps. À sa disparition, l’image du jeune Foreman, intimidant sur le ring et affrontant des titans tels que Joe Frazier et Muhammad Ali, a refait surface. Pourtant, pour ma génération, il reste le personnage jovial et décontracté qu’il est devenu avec les années, avec son sourire emblématique et son rôle de commentateur sur HBO.
L’époque qui a vu s’affronter Ali, Frazier et Foreman a été une période dorée pour la boxe, où la discipline touchait son paroxysme en popularité. Toutefois, le retour de Foreman, qui a eu lieu à la fin des années 1980 et au début des années 90, coïncidait également avec une nouvelle ère de boxeurs d’exception. Son parcours était jalonné de défis, couronnés par ses titres mondiaux remportés grâce à son talent indéniable, sa détermination et sa volonté farouche de réussir.
Il est vrai que les poids lourds arrivent souvent à maturité plus tardivement que d’autres catégories de boxeurs, mais à 45 ans, Foreman semblait toutefois très expérimenté lorsqu’il a battu Michael Moorer pour reconquérir le titre en 1994. À son retour en 1987, après près d’une décennie d’absence, peu de gens prenaient sa reconquête au sérieux.
Cette fois-ci, Foreman était transformé. Maîtrisant l’art de la communication avec les médias, il avait su prendre du recul et ne pas prendre les critiques personnellement. Il paraissait même plus léger, riant et plaisantant, tout en s’investissant sérieusement dans sa préparation physique et mentale. Psychologiquement, Foreman avait évolué, apprenant à jouer avec l’image qu’il renvoyait et à se rendre sympathique au public.
En vieillissant, les combattants doivent modifier leur approche de l’entraînement. Les jeunes boxeurs croient souvent que plus ils s’entraînent dur, plus ils deviennent performants, mais le corps vieillit et ne supporte plus les mêmes charges d’effort. Tout en tentant de rester au sommet, Foreman a su adapter son entraînement à ses besoins du moment, trouvant un équilibre parfait entre l’effort physique et la stratégie.
Mais l’entraînement ne fait pas tout. Dans le ring, un combattant âgé se confronte à un adversaire plus jeune, capable de tenir un rythme rapide et de porter des coups puissants. La clé du succès réside alors dans l’expérience acquise au fil des années. En 1991, Evander Holyfield a infligé une de ses défaites à Foreman pour cette raison, mais ce dernier a persisté et appris à tirer parti de sa maturité lors de son combat contre Moorer.
Les combattants plus âgés deviennent également plus conscients des risques et des dangers de leur sport. Perdre la témérité de la jeunesse est un défi, mais Foreman a su transformer cette prise de conscience en un atout. Souvenons-nous du combat contre Ali à Kinshasa en 1974 où sa précipitation lui a coûté la victoire, comparé à sa maîtrise et sa patience lors de son match contre Moorer, où il a su choisir le bon moment avant de décrocher cet impressionnant KO.
Sa puissance authentique n’a jamais disparu. En 1997, Shannon Briggs, son dernier adversaire, affirmait que Foreman était le boxeur le plus puissant et le plus lourd qu’il ait affronté, en dépit des années qui passent.
En tant qu’adolescent, je n’ai pas saisi toute l’ampleur de son retour sur le ring, mais aujourd’hui, avec quelque recul, je considère sa reconquête comme le plus grand comeback de l’histoire. 20 ans séparent les deux parties de son règne, un fait qui pourrait bien rester inégalé, comparable à la célèbre série de Joe DiMaggio au baseball.
À l’instar de Foreman, j’ai également exercé le métier de commentateur après ma carrière. Je l’ai toujours admiré pour son style, parfois un peu caustique, mais toujours enrichissant. Ses interventions, placées pendant les périodes dorées de HBO Boxing aux côtés de Jim Lampley et Larry Merchant, étaient le reflet d’une connaissance profonde du sport. Ses échanges avec Merchant ajoutaient une dimension comique que je trouvais particulièrement plaisante.
Il a souvent exprimé des commentaires positifs à mon égard, ce qui reste gravé dans ma mémoire et me touche profondément depuis l’annonce de son décès.
Il est vrai que certains observateurs ont pu juger qu’il n’avait pas réussi à honorer son potentiel lors de son premier règne, surtout après sa défaite contre Ali. Cependant, cette seconde carrière a prouvé qu’il avait su surmonter les attentes et, ce qui est plus remarquable, il ne semblait jamais prendre ce succès pour acquis. C’est une qualité que j’ai également appréciée chez lui.